Expertise retraite
Date de publication : 04/11/2025


Préparer sa retraite, c’est bien plus qu’une question de chiffres : c’est une étape de vie qui se réfléchit, s’anticipe et se construit.
Entre règles de calcul, fiscalité, dispositifs d’accompagnement et stratégies patrimoniales, le sujet soulève de nombreuses interrogations.
Voici une sélection de 24 questions parmi les plus fréquemment posées — et leurs réponses — pour vous aider à y voir plus clair, comprendre vos droits, et choisir les solutions les plus adaptées à votre situation.
L’objectif : vous permettre d’aborder la retraite avec lucidité, confiance et sérénité.
Le calcul de la retraite repose sur les 25 meilleures années de revenus pour les régimes alignés (salariés, artisans, commerçants, MSA). Si la baisse de salaire intervient au cours des dix dernières années, son impact reste limité : seules les meilleures années sont retenues, même si elles sont antérieures. Cependant, cette diminution peut avoir un effet marginal sur la retraite de base, notamment à cause de l’évolution du plafond de la Sécurité sociale et de l’inflation. En revanche, dans les régimes complémentaires, la baisse de revenus entraîne une moindre acquisition de points, ce qui réduit légèrement la pension future.
Pour les professions libérales, la logique diffère : la retraite repose sur un système de points, acquis selon le niveau de revenu et les cotisations versées. Il n’y a donc pas de notion de « meilleures années », mais un calcul fondé sur la carrière complète.
Il est intéressant de noter que le régime de retraite de base des Avocats prévoit une pension d’un montant forfaitaire identique pour chaque carrière d’avocat complète indépendamment du montant des cotisations versées et donc des revenus. C’est ici l’illustration d’un principe de solidarité professionnelle, destinée notamment à ne pas pénaliser les avocats intervenant pour l’aide juridictionnelle.
Le taux de remplacement moyen en France se situe autour de 50 à 60 % du revenu d’activité. Cette baisse est plus marquée pour les hauts revenus, puisqu’une partie des cotisations est plafonnée à hauteur du plafond de la Sécurité sociale. Les professions libérales ont un taux de remplacement souvent plus faible, entre 20 et 40 % selon les métiers.
Il est donc essentiel de compléter ses régimes obligatoires par une épargne personnelle : plan épargne retraite (PER), assurance-vie, placements immobiliers ou financiers. Par ailleurs, la stratégie de rémunération (salaire, dividendes, statut juridique) influence directement les droits à la retraite et mérite une réflexion sur le long terme.
Le relevé de carrière disponible sur le portail Info-Retraite s’est nettement amélioré, mais il peut encore comporter des omissions, notamment concernant le service militaire, l’apprentissage ou certaines cotisations manquantes.
Les années d’apprentissage doivent être prises en compte : pour les périodes antérieures à 2014, le nombre de trimestres validés dépend du temps de travail et du revenu perçu ; depuis 2014, une année complète d’apprentissage valide quatre trimestres. Ces données peuvent nécessiter vérification et correction auprès des caisses de retraite.
Le cumul emploi-retraite intégral est possible lorsqu’on a atteint l’âge de 67 ans ou que l’on dispose du taux plein. Dans ce cas, il est possible de percevoir sa pension tout en exerçant une activité sans limite de revenus. Une nouvelle demande de liquidation doit être effectuée, et les cotisations versées génèrent de nouveaux droits, bien que très limités (environ 2 355 € par an maximum). Cela n’est pas possible dans le cadre du départ anticipé Carrière longue.
Pour les professions libérales, la logique est similaire : le cumul intégral permet de continuer à exercer sans plafonnement des revenus, à condition d’avoir liquidé l’ensemble des régimes de retraite et d’avoir atteint le taux plein. Depuis la réforme de 2023, le cumul permet de créer une « seconde pension », mais le montant reste modeste. Il est à noter que cette « seconde pension » ne porte que sur la retraite de base pour les avocats.
La pension de réversion ne concerne que les couples mariés. Elle peut être proratisée en cas de remariage et est soumise à des conditions de ressources pour les régimes de base. Le plafond est d’environ 25 464 € de revenus annuels (salaires, retraites, revenus de placement, fonciers, etc.), auquel s’ajoute une prise en compte de 3 % du patrimoine propre.
Les régimes complémentaires, eux, ne sont pas soumis à ces plafonds. Pour les professions libérales, la pension de réversion représente 54 % de la retraite du défunt, sous conditions de ressources et à partir de 55 ans. Chez les avocats, elle s’élève à 50 % pour la retraite de base et 60 % pour la complémentaire, sans condition de ressources, dès 50 ans.
Les demandes de liquidation s’effectuent sur le portail Info-Retraite, dans les cinq mois précédant la date de départ. Il est conseillé d’anticiper largement afin de corriger les éventuelles erreurs ou périodes manquantes. Les paiements peuvent prendre plusieurs mois après le dépôt du dossier, mais ils sont rétroactifs à la date de départ.
Un bilan retraite préalable permet de gagner du temps et d’éviter les retards de versement.
La situation dépend du pays d’accueil, du régime de cotisation (français, étranger ou Caisse des Français de l’étranger) et de l’existence d’une convention bilatérale. Les trimestres travaillés à l’étranger sont pris en compte pour déterminer le taux plein, mais seuls les trimestres cotisés en France entrent dans le calcul de la pension française. Le pays étranger verse, le cas échéant, sa propre pension en complément.
La suspension envisagée n’annule pas la réforme de 2023. Elle concerne uniquement un léger décalage des paliers de mise en œuvre : les personnes nées entre 1964 et 1968 pourraient partir trois mois plus tôt que prévu, mais l’âge légal à 64 ans reste inchangé.
Certaines pistes, comme l’ouverture de la réversion aux couples pacsés ou concubins, sont encore à l’étude, mais peu probables à court terme compte tenu des contraintes budgétaires.
L’âge légal de départ est fixé à 64 ans pour les générations nées après 1968, avec un départ possible entre 62 ans et 6 mois et 64 ans pour celles nées entre 1962 et 1968. Le taux plein est obtenu soit par la durée d’assurance requise, soit automatiquement à 67 ans.
Il est possible de solliciter un accompagnement personnalisé pour établir un bilan retraite, notamment en cas de carrière mixte ou d’interruptions.
Les personnes reconnues handicapées (incapacité d’au moins 50 % ou pension d’invalidité de catégorie 2 ou 3) peuvent partir entre 55 et 62 ans selon le nombre de trimestres cotisés (68 à 112 selon les cas). Des dispositifs spécifiques existent également pour les situations d’inaptitude ou d’incapacité permanente d’origine professionnelle. Chaque cas doit être examiné individuellement.
Une préparation sur trois à cinq ans est recommandée. L’impact fiscal dépend du statut de l’entreprise et du type de cession. En cas de départ à la retraite, une exonération de fiscalité sur les plus-values jusqu’à 500 000 € est possible dans le cas où la vente a lieu durant les deux ans précédant ou suivant la liquidation de la retraite.
Il est également possible de reprendre une activité à temps partiel après la vente, sans restriction particulière.
La validation d’un trimestre nécessite un revenu équivalent à 150 heures de SMIC, soit 1 782 € bruts. Pour une année complète, quatre trimestres sont validés à partir d’environ 7 200 € de revenus.
Chez les indépendants, les cotisations minimales obligatoires permettent d’obtenir jusqu’à trois trimestres même sans revenu déclaré.
Pour les professions libérales, le principe est identique : la validation dépend du montant cotisé. Chez les avocats, elle repose directement sur les cotisations versées au régime de base.
Le rachat de trimestres d’études ou d’années incomplètes s’effectue auprès de la Carsat. Ce dispositif est déductible fiscalement et peut être avantageux, notamment pour les années d’études supérieures.
Il est cependant conseillé de l’envisager en fin de carrière, afin d’évaluer précisément son intérêt financier. Pour les professions libérales, le plafond est de 12 trimestres rachetables, mais le coût est souvent élevé et doit être étudié au cas par cas.
Chaque enfant ouvre droit à huit trimestres : quatre pour la naissance et quatre pour l’éducation. Ces trimestres sont attribués par défaut à la mère, mais peuvent être partagés entre les parents via un formulaire spécifique à déposer auprès de la Carsat entre les quatre ans et demi de l’enfant. Depuis la réforme de 2023, le partage maximal est limité à deux trimestres chacun pour la partie éducation.
Aucun trimestre supplémentaire n’est accordé au titre de la situation de parent isolé, en dehors des trimestres liés à la naissance et à l’éducation des enfants.
Une majoration de pension de 10 % est accordée dans la plupart des régimes pour les parents ayant élevé au moins trois enfants. Cette majoration s’ajoute aux trimestres acquis pour naissance et éducation (soit 24 trimestres pour trois enfants).
La retraite progressive permet, à partir de 60 ans, de réduire progressivement son activité tout en percevant une partie de sa pension.
Pour les salariés, elle s’applique en cas de passage à temps partiel ; pour les travailleurs non-salariés, elle nécessite une baisse d’au moins 40 % des revenus.
Ce dispositif permet d’obtenir une pension provisoire tout en continuant à cotiser et à acquérir de nouveaux droits jusqu’à la liquidation définitive.
Cependant, il reste limité dans certains régimes, notamment pour les professions libérales. Chez les avocats, seule la retraite de base peut être partiellement liquidée, ce qui réduit l’intérêt global du dispositif.
Oui, seulement si on est dans le cadre d’une retraite progressive ou d’un cumul emploi-retraite intégral, mais dans une faible mesure. Le cumul emploi-retraite permet de cotiser tout en percevant une pension, mais les nouveaux droits créés restent limités, principalement sur la retraite de base. Pour les professions libérales et les avocats, ces compléments sont modestes et n’affectent pas significativement le montant global de la pension.
Oui, il est essentiel de constituer une épargne personnelle pour tenter de maintenir son niveau de vie. Les solutions possibles incluent le plan épargne retraite (PER), l’assurance-vie, l’immobilier, ou tout autre mode d’épargne.
Le choix dépend du profil, du niveau d’imposition et des objectifs patrimoniaux. L’épargne retraite ne se limite pas au PER : toute stratégie d’investissement régulier contribue à préparer la retraite.
Commencer tôt est avantageux pour constituer un capital sur le long terme, mais le choix du support dépend de la situation financière. Le PER est intéressant en cas d’imposition significative, car il permet une déduction fiscale. En revanche, pour une personne non imposable, d’autres formes d’épargne (assurance-vie, immobilier, placements libres) peuvent être plus adaptées.
L’accession à la propriété reste également un levier essentiel de préparation à la retraite.
Oui, car la fiscalité en phase d’activité est généralement plus élevée qu’à la retraite. L’économie d’impôt réalisée à l’entrée compense souvent la taxation ultérieure. De plus, le PER permet d’intégrer des options de prévoyance et de transmission, notamment au profit du conjoint ou du partenaire de PACS.
Son principal intérêt reste la constitution d’un capital à long terme, non la seule économie d’impôt.
Le cumul emploi-retraite existe depuis 2009 pour les avocats. Il est possible à condition d’avoir liquidé l’ensemble des régimes obligatoires et d’avoir atteint le taux plein.
Depuis 2023, les cotisations versées permettent d’acquérir de nouveaux droits, mais uniquement sur la retraite de base. La complémentaire, plus importante, n’est pas concernée.
Il est recommandé de préparer le cumul au moins un an à l’avance pour régulariser les différentes caisses avant la liquidation.
Oui, il est possible de conserver une complémentaire santé Madelin, notamment si l’on continue une activité professionnelle TNS ou si le conjoint continue cette activité dans le cadre d’un cumul emploi-retraite.
Dans la plupart des cas, non. Travailler trois années supplémentaires pour gagner quelques centaines d’euros de plus par mois n’est pas toujours rentable : il faudrait le plus souvent vivre quinze à vingt ans de plus pour compenser les pensions non perçues pendant cette période.
Il est souvent préférable de liquider sa retraite dès que possible et d’envisager un cumul emploi-retraite ou d’autres stratégies (épargne, statut adapté, bascule de revenus sur le conjoint) pour optimiser la transition.



Pierre-Jacques Castanet
Avocat associé
Avocat associé, Président d’honneur de la CNBF (Caisse de retraite des avocats)